Caractère holistique du PK ( 22/10/2005 )

On a vu que finalement, toute structure peut être interprétée sous l’angle du Premier Principe.
On peut faire une analogie avec la génération d’une image sur un poste de télévision : elle est construite par balayage horizontal et vertical de l’écran par les électron du canon. Et n’importe quelle image peut-être ainsi construite. Un chien, un visage, etc…
Mais on pourrait imaginer – même si techniquement cela ne présenterait pas d’intérêt – que l’image soit construite suivant le principe K. Ainsi le résultat serait le même, mais le principe gouvernant sa genèse, différent.

premier PK ou Principe d’Association Dissociation Synchronisées ( ADS )

1) Elément primordial : le point

2) Le point en mouvement constitue un tracé
3) Le principe de dissociation peut ‘expandre’ ce tracé
4) Le principe de d’association peut ‘joindre’ ce tracé

5) En utilisant conjointement les principes d’association et de dissociation
on peut obtenir des tracés complexes

non figuratives
ou figuratives

6) Enfin, si on considère qu’un certain paramètre ( par exemple la couleur
de la ligne ) peut changer (devenir blanche ou invisible ), même un tracé discontinu peut finalement être bâti suivant ce principe.

non figuratives

Ou figuratives

Concernant le problème de la créativité

On peut ainsi distinguer, grossièrement, deux types d’idées générales:

– Pour certains, cette “source de la créativité” relèverait d’un ordre transcendant, indescriptible en termes physico-chimiques. On la désigne dans ce cas d’une manière plutôt vague, par des mots tels que “âme”,ou “Dieu”, difficilement réductibles, pour l’instant en tout cas, à une description matérialiste.
Le problème serait, sous cette interprétation, de comprendre comment intégrer cette source, à la description matérialiste, prédominante actuellement.

– Pour d’autres, il semblerait que la “créativité” ne rentrerait pas en contradiction avec une description en terme matérialistes, c’est-à-dire qu’elle pourrait être abordable sous un angle purement “scientifique”. Il s’agirait d’un “processus”. Ainsi par exemple, pour la biologie, la créativité dans la nature – au sens de la genèse des formes animales -, sera expliquée par la théorie néo-darwnienne, en faisant intervenir comme moteur de la bio-diversité, des processus relevants du hasard : des mutations – dans une large mesure aléatoires – de l’information génétique , permettront la création, à chaque nouvelle génération, de ‘variants’ du type parental, dont les plus aptes à la survie donneront une nouvelle génération. L’environnement constitue dans ce cas le ‘crible’ qui sélectionne parmi ces “variants”. D’une manière similaire, lorsque l’on s’intéresse à la créativité au niveau du système cognitif d’un individu ( créativité au sens non pas seulement de créativité artistique, mais plus globalement de génération de nouvelles structures, qu’elles concernent la pensée, l’action, l’organisation, la politique ), les sciences cognitives bien souvent évoquer la “Théorie de la Sélection des Groupes de Neurones” ( TSGN ). Celle-ci est semblable, sur beaucoup de ses points, à un ‘darwinisme neuronal’ ( cf. Edelman) : c’est également un ‘environnement’ – représenté ici par l’histoire de l’individu considéré – qui va ‘sélectionner’ le réseau neuronal de chacun, de façon à optimiser son action, et au final la dispersion de son génôme.
Ainsi, sous cette vision, Le problème devient ici plutôt de savoir comment est interprété le “libre arbitre” dans ce cadre totalement déterministe : Faudrait-il abandonner cette notion ?

Premier principe Kolargone et la particularité de l’approche esthétique

Hypothèse étymologique :
‘Kolar’ : colle, rattachement, liaison
‘gone’ : facette

Ou l’on explique le caractère ‘subjectif’ et introspectif’ de la recherche, dont le point de départ est un ressenti, par l’observateur, de l’existence d’un principe de structuration sous-jacent et commun à des domaines a priori différents.
Ou l’on présente un premier principe de structuration, caractérisé par une discrétisation de la structure sous forme d’événements, reliés entre eux par des liens.
Ou l’on insiste sur l’éventuelle description de la dimension temporelle sous la forme des intervalles inter-événements et sur la spécificité de cette approche.

Le “Principe Kolargone” (on utilisera l’abréviation PK par la suite ), défini en 2001 comme première direction de notre travail artistique de réflexion sur la notion de structure, est assimilable a un principe que l’on pourrait qualifier de principe ‘morphogénétique’, c’est-à-dire susceptible de rendre compte de la génèse des formes, la notion de ‘forme’ étant ici entendue au sens large de ‘structure’.

On propose donc un premier principe est basé sur l’utilisation de deux transformations simples : l’association et la dissociation. L’idée est la suivante : toute forme peut être interprétée sur la base de ce principe, en la considérant comme une structure d’événements, ou ‘points’, reliés entre eux, et associé à une dynamique temporelle de parcours de ce réseau.
Certaines « lectures » seront qualifiés de ‘cohérentes’, lorsqu’elles présentent une stabilité ou répétition au cours du temps. D’autres ne le sont pas, c’est-à-dire qu’elles vont soit s’annihiler en un certain point, soit évoluer indéfiniment sur un mode chaotique, non déterminable autrement que par la modélisation .
Il est important de noter que ce principe ne fait pas de distinction entre ce qui relève de l’espace et du temps. Le temps est considéré essentiellement sous le point de vu de l’intervalle entre événements, et, à ce titre, on proposera de l’assimiler à un simple paramètre de chaque événement ‘point’.

Pour mieux comprendre l’approche un peu particulière que nous adoptons ici, et que l’on qualifie d’approche ‘esthétique’, essayons de donner quelques interprétations de “formes” ( le mot ‘forme’ est ici utilisé au sens large, et on ne se limite bien entendu pas simplement à des formes visuelles ) envisagées à la lumière du PK :

– Pour un point sur une feuille, les paramètres pourront être sa forme, sa couleur, sa largeur, sa hauteur, sa dynamique de translation vers le point suivant.

– Pour la “pensée” envisagée d’une manière plus générale, on peut considérer le parcours de l’attention, d’une idée à une autre, se scindant à certains moments, et s’unifiant à d’autres. Les paramètres seraient ici les caractéristiques de ces idées ( on présupose évidemment ici la validité d’une description de l’idée comme une entitée caractérisée par un certain nombre de paramètres ).

– Pour la musique, les points pourraient être constitués par les notes, les paramètres étant leurs hauteurs, leurs timbres, les quantités appliquées de tel ou tel effet.

– Pour l’image de synthèse les points sont situés par exemple dans un espace a 3 dimensions, et possèdent un certain nombre de paramètres comme la hauteur, la largeur, la couleur, la transparence.

– Pour un scénario, les points pourraient être les positions des acteurs, la manière dont ils se déplacent au cours du temps et les uns par rapport aux autres, se rapprochant ou s’éloignant, leurs paramètres pouvant être, par exemple, les paroles qu’ils prononcent, l’attitude qu’ils adoptent, etc …

– Pour les mathématiques, les points pourraient être par exemples les termes d’une équation ou d’une démonstration.

On voit tout de suite, que ce premier principe est bâti sur deux présupposés :
1) Les structures sont discrétisées : elles sont constituées d’événements distincts, liés entre eux par des liens.
2) Lorsque les structures sont temporelles ( comme dans le cas des structures musicales ), le temps pourra éventuellement être abordé sous la forme d’intervalles. Il s’agit là d’une manière bien particulière de considérer la structure temporelle : plutôt que de considérer que ces événements sont disposés au cours d’un temps linéaire ( qui servirait de base au déploiement de la structure ), l’approche en termes d’intervalles permet une approche bien particulière : le temps n’est pas ici une notion absolu, mais la dimension temporelle est abordée comme une dimension particulière de l’événement, et qui est associée à celle de ‘lien’.

Au départ l’idée de “principe” part de la sensation subjective ( et c’est précisément ce qui confère un caractère “artistique” à cette recherche ). Plus précisément, j’ai l’impression que lorsque je dessine, que je joue de la guitare, ou bien que je jongle, une certaine “sensation”, “base dynamique”, intervient de manière identique, même si son médium d’expression est différent : la tête du pinceau qui se déplace sur la feuille, les structures de notes lorsque je joue de la guitare, les mouvements de la quille de jonglage, me semblent mettre en jeu un principe sous-jacent identique. Cette sensation, émminemment introspective, pourra bien entendu n’être qu’une illusion. Néanmoins, tentons je jeu d’engager un questionnement sur sa nature.
On peut se demander en tout cas dans quelle mesure un processus commun pourrait intervenir dans le traitement des différentes actions et/ou perception d’un point de vu cognitif. J’utilise ici le terme “cognitif” au sens large, entendu comme “processus de la pensée”. Il ne s’agit pas ici pour l’instant de trancher en faveur d’une quelconque interprétation en des termes « neurobiologiques ». Profitons de la liberté particulière que put conférer la position artistique.
Ainsi cette recherche, pour une large part tout au moins, est basée sur un ressenti de l’observateur, ce qui bien entendu l’éloigne définitivement du champs conventionnellement admis de la recherche scientifique. Dans cette facette « artistique » donc de la recherche, le jeu consistera donc à tenter d’identifier et d’isoler dans la mesure du possible, et celà de manière « sensitive », de ce ressenti qui confère un caractère similaire à de ces événements ne relevant a priori pas du même champs. Une fois ce principe “compris” sous cette forme sensitive, il s’agira de le formaliser d’une manière ou d’une autre, afin d’évaluer dans quelle mesure il est susceptible de rendre compte d’un maximum des formes considérées.
Sur une surface a deux dimensions par exemple, le PK peut-être schématisé comme suit :

kolargoneprinciple

PK ‘dichotomique’

Si le spectateur commence a suivre de ses yeux la ligne du bas dans un sens ou un autre, son attention peut se déplacer sur la ligne de manière continue, en se dissociant et en se réassociant, a chaque ‘tour’ de la figure aux points de jonction. La figure obtenue est stable spatio-temporellement.

Machine

On utilise On utilise un système combinant trois échantillonneur/boucleurs (que l’on peut assimiler a des oscillateurs linéaires) temps réel, connectés en série, et une pédale d’effets, permettant de manipuler le signal de l’interface utilisateur, qui est en général la guitare électrique. Cette machine constitue , du fait de la présence de ces trois oscillateurs – un système a potentialité chaotiques simple ( problème des trois corps ).

machinekolargone
Machine kolargone : dispositif expérimental

En se restreignant simplement aux gammes pentatoniques – c’est-à-dire ne comportant que cinq notes différentes, l’idée est d’explorer des transitions très simples, et d’utiliser la superposition, le jeu sur les délais et sur le couplage d’oscillateurs synchronisés ou non, afin d’explorer les domaines frontières entre l’harmonie (mélodies, répétitions) et le chaos ( absence de tonalité et de répétitions ). A partir d’un “atome” de base simple, une structure de plus en plus complexe est construite. L’attention est amenée a se dissocier régulièrement d’abord, puis, lorsque la somme des couches mélodiques atteint une certaine complexité, elle est contrainte de trouver ses propres chemins de navigation dans l’architecture créée. Ainsi une multitude de mélodies peuvent être’ impliées’ dans une même ligne sonore.